La référence en hépatite C au Québec depuis 2003

(Publié sur le Journal International de Médecine www.jim.fr le 3 mars 2020.)

L’OMS souhaite réduire l’incidence de l’hépatite C de 80 % et sa mortalité de 65 %, d’ici 2030. Le NHS (National Health Service) anglais ambitionne d’atteindre ces objectifs en 2025. Pour cela, les autorités sanitaires souhaitent mobiliser les médecins généralistes. Actuellement, 30 % des hépatites C dépistées le sont à leur initiative. Une équipe du Royaume-Uni a entrepris d’évaluer l’intérêt et le rapport coût-efficacité d’une intervention impliquant les généralistes et menée dans le but d’identifier et d’inviter les patients à haut risque à se faire dépister et traiter le cas échéant, intervention dénommée HepCATT.

Il s’agit d’un essai randomisé contrôlé, mené pendant 1 an et incluant 45 médecins généralistes. Parmi eux, 22 ont reçu une information sur l’hépatite C et disposaient de posters et de brochures pour sensibiliser les patients. Un algorithme, avec une alerte, était ajouté à leur logiciel professionnel pour identifier les patients à risque (usagers de drogues injectables, dépendants aux opioïdes, sujets dépistés positifs mais non adressés à une consultation spécialisée, etc). Ces derniers étaient invités par courrier à se faire dépister. Les autres praticiens (n = 23) on continué à pratiquer selon leur habitude. Le taux de dépistage « de base », avant le début de l’étude était de 4,6 % dans le groupe intervention et de 3,3 % dans le groupe témoin.

Davantage de patients testés et davantage de PCR positives

Pendant la durée de l’étude, 16 % des patients du groupe intervention et 10 % des patients à risque du groupe témoin ont été testés, avec une différence ajustée de 5,3 %. La recherche d’anticorps est plus souvent positive dans le groupe intervention (6,4 % vs 4,4 %), mais la différence n’est pas statistiquement significative. En revanche, la réaction par PCR est positive dans une proportion supérieure de cas dans le premier groupe (0,3 % vs 0,1 %).

Quant aux suites données aux résultats des tests, il y a eu davantage de consultations spécialisées dans le groupe intervention, mais avec toutefois une différence absolue modeste : 20/43 des patients avec ARN détectée, soit 15 pour 10 000 patients à haut risque, vs 3/13 ou 3 pour 10 000 dans le groupe contrôle.

L’analyse économique évalue à 4,03 £ (4,7 €) le coût moyen du dépistage par patient à risque (incluant le coût du logiciel, de la formation pour sa prise en main et la formation au dépistage et les supports à destination des patients) et à 3 165 £ (3 680 €) celui de la prise en charge en hépatologie. Le calcul du coût par QUALY (quality adjusted life year), de 6 212 £ (7 220 €) est largement inférieur aux 20 000 £ fixés par le NHS comme seuil acceptable.

Si cette intervention a un impact modeste sur l’amélioration du dépistage de l’hépatite C, elle s’avère toutefois peu coûteuse et, selon les auteurs, mérite attention. Des travaux pourraient être menés afin de l’optimiser puis de la diffuser, dans le but de renforcer la stratégie du NHS dans la lutte contre l’hépatite C.

Dr Roseline Péluchon

RÉFÉRENCES

Roberts K et coll. : Cost effectiveness of an intervention to increase uptake of hepatitis C virus testing and treatment (HepCATT): cluster randomised controlled trial in primary care. BMJ 2020;368:m322