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(Publié le 23 septembre 2020 sur le site du CHUM et de l’UdM.)

En 5 secondes: Les consommateurs de drogues sont plus touchés par la pandémie que la population générale, ce qui devrait inciter les autorités de santé publique à s’adapter, selon Sarah Larney, chercheuse au CRCHUM.

Les consommateurs de drogues sont plus touchés par la pandémie que la population générale, ce qui devrait inciter les autorités de santé publique à s’adapter, selon Sarah Larney, chercheuse au CRCHUM.

La pandémie de COVID-19 affecte-t-elle la santé et le bien-être des personnes utilisatrices de drogues telles que les opioïdes illicites, la cocaïne et la métamphétamine?

D’après Sarah Larney, nouvelle chercheuse au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM), il s’agit d’une question de santé publique cruciale.

Avec la Dre Julie Bruneau, chercheuse principale à l’Initiative canadienne de recherche sur l’abus de substances (ICRAS), elle tente d’y répondre par un projet de recherche pancanadien lancé en mai et financé par les Instituts de recherche en santé du Canada.

Beaucoup de consommateurs de drogues dépendent d’un contact régulier avec les services sociaux et de santé pour répondre à leurs besoins essentiels comme l’accès à la nourriture, au logement et aux soins médicaux.

Les membres marginalisés de la société subissent plus gravement que la population générale les conséquences de crises. La littérature scientifique a mis ce fait en évidence lors de précédentes catastrophes naturelles telles que les ouragans Sandy et Katrina ou les attaques du 11 septembre 2001 à New York. Ces désastres engendrent des perturbations dans les services sociaux et de santé, des crises psychologiques et des problèmes financiers qui, à leur tour, compromettent la capacité de survie des personnes utilisatrices de drogues.

Ainsi, pour aider les prestataires de soins de santé et les décideurs canadiens à s’adapter à la réalité du terrain, Sarah Larney et ses collègues ont entrepris des études auprès de consommateurs de drogues à Montréal, Vancouver et Toronto afin de recueillir des données rapidement.

Jusqu’à présent, Sarah Larney, qui est aussi professeure au Département de médecine de famille et de médecine d’urgence de l’Université de Montréal, a interrogé 100 personnes à Montréal entre les mois de mai et juin, et devrait en rencontrer 150 de plus à l’automne. Ses collègues à Vancouver et Toronto prévoient aussi recruter 250 participants pour l’étude.

Nous avons discuté de leurs résultats préliminaires avec elle.

Qu’avez-vous trouvé à ce jour?

Nos données ont été collectées au cours de la période initiale de confinement, soit de mai à août, et nous fournissent un aperçu de la manière dont les personnes utilisatrices de drogues réagissent à la pandémie de COVID-19. Ces données révèlent des changements dans l’accès aux services et dans les marchés des drogues.  

La majorité des participants et participantes ont indiqué qu’ils étaient capables de prendre des mesures pour réduire leurs risques d’infection au SRAS-CoV-2. Par exemple, 92 % d’entre eux ont déclaré avoir la possibilité de se laver régulièrement les mains ou d’utiliser du désinfectant pour les mains, et 59 % empruntaient moins que d’habitude les transports publics. Ce sont de très bonnes nouvelles. Nous souhaitons encourager les gens à faire ce qu’ils peuvent pour maintenir la distanciation physique et demeurer en sécurité et les remercier de leurs efforts.

Les changements observés en matière de drogues vendues dans la rue sont préoccupants. À la question «Pensez-vous que la quantité de fentanyl présente sur le marché a changé?», 55 % des personnes interrogées ont répondu que oui, la quantité avait augmenté.

Ces déclarations rejoignent les préoccupations des autorités de santé publique. Depuis le 12 juin, la Direction régionale de santé publique, à laquelle est rattaché le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, a lancé plusieurs avertissements quant à la vente de fentanyl comme substitut d’héroïne.  

Les participants et participantes signalent également que le prix de la cocaïne – poudre et crack – a augmenté et que sa qualité a diminué. Mes collègues et moi surveillons le prix, la disponibilité et la qualité de différentes substances à mesure que la pandémie évolue.

Quels en seraient les effets sur la santé publique?

Nous avons constaté que le fentanyl semble s’implanter dans le marché illégal à Montréal. Le fentanyl et d’autres opioïdes synthétiques ont fait des ravages dans d’autres provinces canadiennes, accroissant considérablement le nombre de surdoses mortelles.

Il est essentiel de s’assurer que les personnes qui utilisent les drogues par injection ont accès à des services d’injection supervisée et à la naloxone, et qu’elles savent comment l’administrer si elles sont témoins d’une surdose.  

Il est recommandé de se rendre dans des services d’injection supervisée pour s’injecter des drogues, mais lorsque ce n’est pas possible, consommer seul est déconseillé.

Si le fentanyl devient de plus en plus accessible à Montréal, nous devons être prêts à réagir et à offrir des services en matière de prévention des surdoses adaptés aux personnes utilisatrices de drogues.

D’autres changements dans le prix et la qualité des drogues peuvent avoir des effets imprévisibles sur la santé publique. Nous surveillerons le tout de près.

Selon vous, pourquoi est-il important de partager ces informations aujourd’hui?

Nous voulons faire savoir que les consommateurs de drogues par injection font ce qu’il faut pour se protéger et pour protéger la communauté contre la COVID-19. 

Il est impératif, d’un point de vue de la santé publique, que ces gens sachent qu’il y a davantage de fentanyl sur le marché illégal à Montréal afin qu’ils puissent prendre les mesures nécessaires pour prévenir les risques de surdose.  

À propos de cette étude

La Dre Julie Bruneau et ses collègues de l’ICRAS (les Drs Jürgen T. Rehm, Evan Wood et Cameron T. Wild) ont reçu une subvention de un million de dollars des Instituts de recherche en santé du Canada pour produire des lignes directrices nationales, dont six guides pratiques nationaux, pour répondre aux besoins urgents des personnes utilisatrices de drogues, des prestataires de soins et services et des décideurs en lien avec la pandémie de COVID-19. L’évaluation rapide de la situation effectuée par Sarah Larney faisait également partie des activités subventionnées. La Dre Bruneau est chercheuse au CRCHUM et directrice du pôle Québec-Atlantique de l’ICRAS.

À propos du CRCHUM

Le Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM) est l’un des principaux centres de recherche hospitaliers en Amérique du Nord. Sa mission est d’améliorer la santé chez l’adulte grâce à un continuum de recherche couvrant des disciplines telles que les sciences fondamentales, la recherche clinique et la santé publique. Plus de 1850 personnes travaillent au CRCHUM, dont plus de 550 chercheurs et plus de 460 étudiants des cycles supérieurs.

Relations avec les médias

  • Lucie Dufresne
    Centre hospitalier de l’Université de Montréal
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  • Julie Gazaille
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