La référence en hépatite C au Québec depuis 2003

Aude Lecrubier avec Laurie Barclay
Auteurs et déclarations 16 juin 2014
 
Paris, France – Les Etats-Unis font le même constat que la France, le Canada et bien d’autres pays : la syphilis est de retour.

Après avoir constaté une baisse des cas de syphilis primaire et secondaire dans les années 90, les Centers for Disease Control (CDC) américains montrent que l’incidence de la syphilis augmente à nouveau Outre-Atlantique, et qu’elle a atteint 5,3 cas pour 100 000 en 2013, soit plus du double du taux le plus faible jamais observé, en 2000 (2,1 /100 000).

syphillisLes données américaines, publiées le 9 mai dans le Morbidity and Mortality Weekly Report [1],indiquent que les personnes les plus affectées sont les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH) et les afroaméricains, avec une augmentation récente chez les hispaniques et les hommes blancs.

La maladie touche les hommes dans 9 cas sur 10« En France, nous avons vu réapparaître des cas de syphilis précoce dans les années 2000. Nous avons donné l’alerte et mis en place le réseau Resist (Réseau de Surveillance des Infections Sexuellement Transmissibles) afin de mieux suivre la recrudescence de la Syphilis, mais aussi des infections à gonocoque et des lymphogranulomatoses vénériennes (LGV). A l’hôpital Cochin, nous sommes sur des données relativement stables depuis 2009 voir plutôt en augmentation », a commenté le Pr Nicolas Dupin (dermatologie-vénérologie, hôpital Cochin, Paris) pour Medscape France.

D’après les données du National Notifiable Diseases Surveillance System (NNDSS), de 2005 à 2013, les taux de syphilis primaire et secondaire a quasiment doublé de 5,1 cas/100 000 en 2005 à 9,8 cas pour 100 000 en 2013. En 2013, les hommes représentaient 91,1 % des cas de syphilis aux Etats-Unis.

Les taux de syphilis primaire et secondaire se sont stabilisés entre 2009 et 2010 mais augmentent à nouveau depuis 2011, surtout chez les hommes et en particulier chez les hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH). Ces derniers représentaient plus de 80 % des hommes atteints en 2012.

La syphilis est donc « une épidémie qui prédomine chez les HSH », notent les auteurs, le Dr Monica E. Patton et coll. (Epidemic Intelligence Service officer at the Centers for Disease Control and Prevention, Atlanta, Etats-Unis).

« Nous faisons le même constat en France. Depuis 1995-1996, avec l’arrivée des trithérapies, nous avons assisté à un relâchement de la prévention chez les hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes. Il faut à nouveau insister sur le port du préservatif », souligne le Pr Dupin.

Chez les femmes, l’incidence de l’infection a augmenté entre 2005 et 2008 et décliné entre 2009 et 2013.

Nous avons assisté à un relâchement de la prévention chez les hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes. –Pr Nicolas Dupin.

Les cliniciens doivent savoir dépister et reconnaître la syphilis

Le Dr Patton et coll. recommandent aux professionnels de santé une évaluation du risque de syphilis et au moins un dépistage annuel chez les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes. Les HSH qui ont de multiples partenaires ou des partenaires anonymes « devraient être dépistés tous les 3 à 6 mois ».

Ils rappellent que la syphilis et les pratiques qui conduisent à sa transmission augmentent également le risque de contamination par le VIH et la transmission de la maladie.

Parmi les HSH infectés par des syphilis primaires ou secondaires, le taux de co-infection par le virus du VIH est de 50 à 70 %.

« Les mesures de prévention contre la syphilis chez les HSH de toutes origines ethniques devraient être renforcées partout aux Etats-Unis », soulignent les auteurs.

Ils ajoutent que « les efforts de prévention et de traitement de la syphilis chez les hétérosexuels hommes et femmes devraient se poursuivre afin de prévenir les syphilis congénitales. »

« Les populations gays sont les plus touchées mais après, la maladie diffuse aussi dans la population hétérosexuelle », souligne le Pr Dupin.

Toute ulcération muqueuse est une syphilis jusqu’à preuve du contraire –Nicolas Dupin.

« Il faut aussi mobiliser les médecins généralistes car beaucoup de cas ne sont pas diagnostiqués », insiste le dermatologue-vénérologue : « Toute ulcération muqueuse est une syphilis jusqu’à preuve du contraire. Il faut prescrire le test TPHA de façon beaucoup plus large. Il faut s’engager à redemander des sérologies de syphilis. Une fois que la syphilis est installée, elle est difficile à déloger. »

Les disparités ethniques subsistent

Les disparités ethniques subsistent. En 2013, l’incidence des cas de syphilis primaire et secondaire chez les hommes noirs était 5,2 fois plus élevée que chez les hommes blancs (27 ,9 versus 5,4 cas pour 100 000). Les hommes hispaniques étaient deux fois plus atteints que les hommes indo-européens (11,6 vs 5,4).

On note, toutefois, qu’entre 2009 et 2013, les taux d’incidence ont baissé légèrement chez les hommes noirs (-6,4 %) alors qu’ils ont augmenté de +52,6 % chez les hommes hispaniques et de +45,9 % chez les hommes blancs.

Chez les femmes, l’incidence était 13,3 fois plus élevée chez les femmes noires avec 4 cas pour 100 000 vs 0,3 cas pour 100 000 et 2,7 fois les femmes hispaniques (0,8 vs 0,3).

Ce sujet a fait l’objet d’une publication dans Medscape.com

Les auteurs et le Pr Dupin n’ont pas de liens d’intérêt en rapport avec le sujet.

REFERENCE :

1.Patton M, Su J, Nelson R et coll. Primary and Secondary Syphilis — United States, 2005–2013. Morb Mortal Wkly Rep. 2014;63:402-406. Full text

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