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Le nombre de nouveaux cas de contraction du VIH au Canada augmente drastiquement. Les autotests sont pourtant presque aussi faciles à utiliser qu’un test de grossesse.

Christian Jasserand, 56, était en voyage de travail aux États-Unis il y a 3 ans lorsqu’il est passé dans une pharmacie et a acheté un autotest pour le VIH qui était en vente libre pour seulement 35 $US. Après l’avoir essayé rendu chez lui à Toronto – avec un peu de salive et quelques minutes d’attente – il s’est dit qu’il aurait dû en acheter plusieurs.

« On peut faire ça dans le confort de chez soi, que je me suis dit. Pas besoin de rendez-vous avec un médecin ou une clinique, on le fait selon ses propres conditions » dit Jasserand. Ça a été une manière rapide et efficace de découvrir qu’il testait négatif pour le virus. « Ça rend le tout beaucoup plus facile. »

Soixante-dix-sept pays, incluant les États-Unis, l’Afrique du Sud et le Nigéria, ont approuvé des autotests du VIH pouvant se faire à la maison, soit avec un coton-tige pour la salive ou une goûte de sang. Le Canada n’en fait pas partie, malgré le fait que l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a donné sa bénédiction en 2016 à l’utilisation de cet outil pour arriver à éliminer le virus. C’est aussi malgré le fait que la compagnie canadienne BioLytical Laboratories inc est le manufacturier de INSTI, un autotest sanguin que l’OMS a approuvé pour utilisation par les agences de l’Organisation des Nations Unies (ONU) partout dans le monde.

Maintenant, docteurs, personnel du milieu de la santé et leaders dans les organisations travaillant en VIH/SIDA dissent assez c’est assez. Ces personnes veulent que le Canada approuve les autotests.

« C’est totalement faisable », dit Nitika Pant Pai, une chercheuse du CHU McGill à Montréal et une professeure associée du département de médecine de McGill. « Si on peut le faire en Afrique, pourquoi on ne peut pas le faire au Canada ? »

Dans le passé, les compagnies qui font les autotests sont passées à côté du Canada parce que le marché ici est trop petit et le processus réglementaire trop lourd, dit Sean Rourke, un psychiatre et scientifique du MAP Centre for Urban Health Solutions à la St Michael’s Hospital à Toronto.

Un gros morceau qui manquait pour l’approbation de Santé Canada était le manque d’essai clinique au Canada pour démontrer à quel point était précis et facile d’utilisation les kits d’autotests, puis si les personnes les utilisant iraient chercher de l’aide médicale si elles testaient positif. Rourke a donc levé des fonds pour une étude clinique de 1000 personnes à travers cinq villes canadiennes sur le kit d’autotest INSTI. Pant Pai est en train de mener une étude au Québec. Les deux prévoient avoir fini en février.

Lorsque BioLytical soumettra les résultats à Santé Canada, Rourke prédit que le gouvernement aura tout ce qu’il faut pour approuver les kits. « Vers le début du printemps ou de l’été, espérons, les premiers kits d’autotests devraient être disponibles au Canada », dit-il.

La pression monte au Canada pour l’accès aux autotests en VIH acause de plusieurs tendances troublantes. Tout d’abord, loin d’être une épidémie en retraite, les nouveaux cas de contraction du virus augmentent dramatiquement au Canada. En 2018, 2561 personnes ont testé positif, un saut de plus de 25% par rapport à 2014. En fait, le nombre de nouvelles contractions du virus en 2018 est parmi les plus élevés des deux dernières décennies.

La prévalence dans la population générale est aussi en augmentation. Elle atteint maintenant 6,9 personnes sur 100 000 en 2018, comparativement à 5,8 quatre ans plus tôt. Vrai, ce taux a chuté si on compare à des niveaux beaucoup plus élevés dans les années 80s, lorsqu’on atteint le pic au Canada, mais ces chiffres (augmentation de la prévalence et du taux de nouvelles contractions du virus) va à contresens de la tendance dans plusieurs autres pays. Globalement, le nombre estimé de nouvelles contractions du VIH est en baisse continuelle depuis 2000, d’après le rapport de 2019 de l’ONUSIDA, l’organisation de l’ONU menant les efforts globaux pour mettre fin à la menace pour la santé publique du VIH/SIDA.

Pourquoi ça se passe à l’envers ici? Une raison clé est qu’environ 9000 personnes au Canada ne connaîtraient pas leur statut et peuvent donc transmettre le virus sans le savoir, dit Rourke. Cela fait environ 14% des 63 000 personnes vivant avec le VIH au Canada, une statistique qui met le Canada à égalité avec les USA au dernier rang du G7 (Allemagne, Canada, France, Italie, Japon, Royaume-Uni, USA), d’après Laurie Edmiston, la directrice de CATIE (Canadian AIDS Treatment Information Exchange, un groupe communautaire de Toronto). « Nous devons rendre cela plus facile pour les gens à dépister », dit-elle.

La cible globale (définie par l’ONUSIDA à partir de projections mathématiques visant à mettre fin à l’épidémie) est d’avoir 90% des personnes vivants avec le VIH (PVVIH) qui savent leur statut d’ici 2020, limitant les personnes ne le sachant pas à 10%.* Le Royaume-Uni a atteint cet objectif, tout comme le Botswana, le Cambodge, l’Eswatini et la Namibie.

* : Il y a d’autres cibles, celle d’avoir 90% des PVVIH en traitement, puis que 90% des personnes en traitement aient atteintes un statut indétectable. Le Canada, qui a endossé ce plan de l’ONU, a raté les deux premières cibles (dépistage et taux de traitement).

Et c’est là que les kits d’autotests pourraient renverser les choses.

« Si on veut rejoindre les personnes qui ne sont pas encore diagnostiquées, il faut emmener les tests vers les gens. » dit Rourke.

Aujourd’hui, la presque totalité des 1,5 million de tests VIH faits au Canada chaque année sont fait selon la vieille méthode, celle de s’assoir et d’attendre : un professionnel de la santé fait le prélèvement sanguin puis l’envoie au laboratoire, puis vous donne votre résultat en une semaine environ. Le Canada a approuvé une version du kit INSTI qui peut être administrée dans une clinique, mais ça n’a pas décollé. Malgré des résultats en une minute avec plus de 99% de précision, en 2019, seulement environ 55 000 des tests ont été faire selon cette méthode, selon Rourke.

Les autotests combleraient ce fossé.

Il y a quelques mois, un ami de Jasserand passait à travers un épisode d’anxiété par rapport au VIH et devait se faire dépister. Son docteur ne pouvait lui donner de rendez-vous avant une semaine. La clinique locale n’avait pas de disponibilité avant encore plus longtemps. C’était un cauchemar.

« Je trouve cela choquant et honteux », dit Jasserand, « qu’au Canada nous n’ayons pas encore introduit ces tests alors que le monde moderne l’a fait et a démontré que c’était une bonne chose. »

Le problème n’est pas seulement d’avoir un accès rapide à un docteur ou une clinique. ACT, qui était connu auparavant comme le AIDS Committee of Toronto, a récemment fait un sondage demandant pourquoi les personnes pouvaient être réticentes à se faire dépister. Certaines disaient qu’elles n’avaient pas encore fait leur « coming out » à leur médecin de famille et étaient inconfortables de demander de l’aide médicale relativement à leur sexualité, dit Tyler Morden, administrateur du programme pour la santé des hommes gais de ACT. D’autres personnes disaient être craintives d’aller à une clinique en VIH ou santé sexuelle par peur de se dévoiler elles-mêmes ou de croiser des connaissances ou ex-partenaires.

« Les autotests offriraient la confidentialité et la protection de la vie privée », dit Morden, « Ça rejoindrait aussi des groupes de personnes que nous ne voyons pas dans les espaces où nous offrons des dépistages en ce moment. »

Ces kits d’autotests, qui détectent la présence d’anticorps, sont presque aussi faciles à utiliser qu’un test de grossesse. Pour les tests salivaires, il suffit de passer un coton-tige dans sa bouche, puis le mettre dans un tube de liquides préparé à l’avance, puis d’attendre 20 minutes que les fluides montent sur une tige. Si vous n’avez aucune ligne, c’est que le test n’a pas fonctionné. Si vous avez une ligne, ça veut dire que vous êtes VIH négatif (votre corps n’a jamais été en contact avec le virus). Deux lignes veulent dire que vous êtes VIH positif (vous avez été en contact avec le virus). Le manufacturier des tests fourni des liens pour avoir du support et du soin ainsi qu’une vidéo explicative.

Le processus pour les tests sanguins INSTI a plus d’étapes, avec trois petites fioles et une sorte de petit plat avec une membrane. Vous piquez votre doigt, mettez une goûte de sang dans la première fiole, le brasse quatre fois, puis le verse sur la membrane jusqu’à temps que les fluides disparaissent. Puis vous brassez la deuxième fiole, pas besoin de sang dedans, et la versez aussi sur la membrane jusqu’à tant que les fluides disparaissent. Même chose avec la troisième fiole. En une minute, vous aurez soit un point qui veut dire que le test est négatif, ou deux qui veulent dire que c’est positif. Encore une fois, il y a des indications du manufacturier.

Pour rendre le tout encore plus facile, Pant Pai a même développé une application pour cellulaires en logiciel libre s’appelant HIV smart ! pour guider les personnes lors du dépistage et les relier à du support et des soins si elles testent positif au virus. Cette application a déjà été traduite en plusieurs langues et peut être utilisée sur des tablettes ou téléphones intelligents.

Bien que les autotests soient considérés comme hautement précis, les personnes œuvrant dans le domaine de la santé conseillent aux personnes testant positives de faire un second test de dépistage en laboratoire pour confirmer le diagnostic et avoir l’aide médicale appropriée.

Un autre facteur poussant vers l’approbation des autotests est l’importance du moment lorsque débutent les traitements. La combinaison antirétrovirale, qui a été découverte en 1996, a grandement augmenté l’espérance de vie des PVVIH. Mais les docteurs avaient l’habitude de retarder le traitement jusqu’à temps que le virus soit bien installé, ce qui voulait dire que le système immunitaire de ces personnes était déjà en mauvais état lorsqu’elles commençaient la médication (ce qui n’est pas idéal et n’est plus le cas maintenant).

Aussi, une personne qui est VIH-négative peut prendre une prescription quotidienne de PrEP, ou prophylaxie pré-exposition, pour prévenir le VIH. Une autre raison de rendre plus disponible le dépistage.

« Nous n’entendons plus beaucoup parlé du SIDA (phase finale avec le virus) aujourd’hui, puisque le SIDA est maintenant essentiellement derrière nous » dit Rourke. « Aussi longtemps que les gens ont accès à la médication ».

Et pas seulement ça, puisque lorsqu’une personne a une charge virale sous contrôle grâce à la médication, cette personne ne peut plus transmettre le virus.

Tout cela nous donne une opportunité jamais vue au Canada. Si les kits d’autotests sont finalement approuvés dans les étagères des pharmacies et que plus de PVVIH ont accès aux soins et à la médication, nous allons vers un horizon totalement nouveau.

« Nous pouvons mettre fin à l’épidémie du VIH » dit Rourke. « D’autres pays ont des cibles pour 2030 – nous pouvons le faire en trois à cinq ans. »

(Texte publié par Alanna Mitchell le 16 janvier 2020 sur le site de Macleans : https://www.macleans.ca/education/college/why-its-time-for-canada-to-introduce-self-testing-hiv-kits . Il paraîtra dans la version papier de février 2020 sous le titre « The DIY différence. Photographie par Gillian Mapp, tirée de l’article. Traduction libre de l’anglais et ajout de quelques explications de termes par le CAPAHC.)

Categories: VIH / SIDA